Les îles du Salut sont un archipel de trois îles (Royale, Saint-Joseph et du Diable) situé à 15 km au large de Kourou. Ancien bagne français, accessible en vedette en 45 minutes depuis le port de Kourou, l’archipel combine histoire pénitentiaire, forêt tropicale et plages désertes. Entrée payante, hébergement sur l’île Royale.
Les îles du Salut : une histoire sombre au milieu de l’Atlantique
Les îles du Salut doivent leur nom non pas à leur beauté, mais à leur rôle de refuge pendant une épidémie de fièvre jaune qui ravagea les côtes guyanaises en 1763. Les colons qui s’y réfugièrent y trouvèrent effectivement leur salut, et le nom resta. L’ironie de l’histoire veut que ces mêmes îles devinrent, moins d’un siècle plus tard, l’un des lieux de détention les plus redoutés du système pénitentiaire français.
Entre 1852 et 1953, la France déporta plus de 70 000 condamnés en Guyane dans le cadre du bagne. Les îles du Salut accueillirent les prisonniers jugés les plus dangereux ou les plus susceptibles de s’évader depuis les camps continentaux. L’isolement océanique, les courants violents et les requins qui peuplaient les eaux alentour rendaient toute tentative d’évasion à la nage quasi suicidaire. Seul Henri Charrière, dit Papillon, prétendit avoir réussi cet exploit depuis l’île du Diable, un récit contesté par les historiens.
Alfred Dreyfus, le capitaine injustement condamné pour espionnage en 1894, fut détenu sur l’île du Diable de 1895 à 1899 dans des conditions d’isolement total. Sa case de détention est aujourd’hui l’un des sites les plus visités de l’archipel, chargée d’une émotion particulière pour les visiteurs qui connaissent l’affaire.
La fermeture du bagne en 1953 laissa les îles à l’abandon pendant plusieurs décennies, avant qu’elles ne soient progressivement réhabilitées pour le tourisme à partir des années 1980. Aujourd’hui classées monument historique, elles sont gérées par le Centre Spatial Guyanais, dont les antennes de télémesure occupent une partie de l’île Royale. Si vous souhaitez combiner cette visite avec la découverte de la base spatiale de Kourou, les deux sites sont à moins de 30 minutes l’un de l’autre.
Les trois îles : caractère et points forts de chacune
L’île Royale : le coeur vivant de l’archipel
L’île Royale est la plus grande des trois (environ 14 hectares) et la seule habitée en permanence. Elle concentre l’essentiel des infrastructures touristiques : l’hôtel Le Mahury (ancienne maison des gardiens réhabilitée), le restaurant, le musée du bagne et les principaux bâtiments pénitentiaires restaurés.
La végétation de l’île Royale est luxuriante et surprenante. Des singes écureuils semi-sauvages se promènent en liberté entre les ruines, habitués à la présence humaine depuis des décennies. Des agoutis traversent les allées pavées entre les bâtiments. Des frégatess et des frégates magnifiques nichent dans les grands arbres du bord de falaise, leurs silhouettes noires planant en permanence au-dessus de l’île.
Les bâtiments pénitentiaires conservés comprennent l’ancien quartier des condamnés, le quartier disciplinaire (dont les cellules d’isolement témoignent des conditions d’enfermement), la chapelle construite par les bagnards eux-mêmes et le cimetière des gardiens, seul cimetière de l’île (les bagnards décédés étaient jetés à la mer ou enterrés sur le continent).
Le sentier côtier qui fait le tour de l’île Royale (environ 4 km, 1h30, niveau facile) est l’une des plus belles promenades de Guyane. Il longe des falaises abruptes tombant dans une mer turquoise, traverse des portions de forêt tropicale dense et offre des vues dégagées vers l’île Saint-Joseph et, par temps clair, vers le continent guyanais.
L’île Saint-Joseph : silence et ruines envahies
L’île Saint-Joseph est accessible depuis l’île Royale par une courte traversée en annexe (quelques minutes de pirogue, selon la disponibilité). Elle est aujourd’hui totalement déshabitée et les bâtiments pénitentiaires sont en cours d’être lentement dévorés par la végétation tropicale. Ce processus de reconquête végétale donne à Saint-Joseph une atmosphère particulièrement oppressante et fascinante.
Le quartier cellulaire de Saint-Joseph, qui accueillait le régime le plus sévère du bagne (isolement total, silence absolu imposé aux détenus), est l’édifice le plus impressionnant de l’archipel. Ses grandes salles voûtées, ouvertes sur le ciel depuis que les toitures se sont effondrées, sont envahies de racines et de lianes. La lumière filtre entre les arches en brique, créant une atmosphère de ruine romantique teintée d’une brutalité historique palpable.
L’île Saint-Joseph possède également la seule plage de sable accessible à la baignade de l’archipel, une anse protégée côté lagon. Attention toutefois aux courants qui peuvent être violents selon les marées. Un guide local ou le personnel de l’île Royale peuvent indiquer les conditions du jour avant toute baignade.
L’île du Diable : interdite, mais visible
L’île du Diable est la plus petite et la plus célèbre des trois îles, essentiellement en raison de la détention de Dreyfus et de la légende de Papillon. Elle est aujourd’hui strictement interdite au public : les courants qui la séparent de l’île Royale sont extrêmement dangereux et les bâtiments en mauvais état. On peut l’observer depuis les falaises de l’île Royale, à environ 300 mètres. Les antennes du CSG qui y sont installées sont parfaitement visibles depuis le belvédère aménagé.
Comment se rendre aux îles du Salut ?

Depuis Kourou en vedette
La traversée s’effectue depuis le port de Kourou (embarcadère du Larivot) en vedette rapide. La durée de la traversée est d’environ 45 minutes selon les conditions de mer. Plusieurs compagnies proposent des liaisons régulières, principalement le matin (départ vers 8h) avec retour en fin d’après-midi (vers 16h-17h). Les billets aller-retour sont à réserver en avance, surtout en haute saison.
Les tarifs pratiqués en 2026 sont de l’ordre de 30 à 50 € par adulte pour l’aller-retour, enfants à tarif réduit. Ces prix incluent généralement le droit d’entrée sur les îles. La mer peut être agitée entre décembre et mars, période pendant laquelle la houle atlantique est la plus forte : les personnes sujettes au mal de mer prévoient un traitement adapté.
Hébergement sur l’île Royale
L’hôtel du Mahury, géré par le CSG, propose une vingtaine de chambres dans les anciens bâtiments réhabilités de l’île Royale. Dormir sur l’île permet de profiter de l’atmosphère unique du lieu après le départ des visiteurs de jour, lorsque l’île retrouve un calme absolu. Les singes écureuils s’approchent alors sans retenue sur les terrasses.
Les chambres sont simples mais confortables, avec ventilation (pas de climatisation sur l’île). Le restaurant propose une cuisine créole correcte à des tarifs raisonnables. La réservation plusieurs semaines à l’avance est indispensable, les places étant très limitées. Comptez entre 80 et 130 € la nuit selon la chambre.
Organiser sa visite : conseils pratiques
La visite d’une journée depuis Kourou est l’option choisie par la majorité des visiteurs. Elle laisse entre 5 et 6 heures sur les îles, suffisant pour explorer l’île Royale en détail et traverser à Saint-Joseph si les conditions le permettent.
Prévoyez de l’eau en quantité (au moins 1,5 litre par personne), une protection solaire indice 50, un chapeau et des chaussures fermées pour les sentiers. La chaleur sur les îles est intense, amplifiée par la réverbération de la mer. Un répulsif anti-moustiques est utile en bordure de forêt, même si les îles sont beaucoup moins infestées que le continent.
Le musée du bagne de l’île Royale mérite une visite d’environ 45 minutes. Il présente les conditions de vie des bagnards, les outils de l’époque et des témoignages écrits d’anciens condamnés. L’entrée est incluse dans le billet de traversée pour la plupart des prestataires.
Pour les voyageurs qui souhaitent approfondir leur connaissance de la faune guyanaise, les îles du Salut sont un excellent complément à une sortie d’observation nature en forêt amazonienne : les espèces insulaires (frégates, fous de Bassan, singes écureuils) diffèrent de celles de la forêt continentale et enrichissent le carnet d’observations.
Tableau récapitulatif des îles du Salut
| Île | Superficie | Accès | Points forts | Hébergement |
|---|---|---|---|---|
| Royale | 14 ha | Vedette depuis Kourou | Musée, sentier côtier, singes | Hôtel du Mahury |
| Saint-Joseph | 8 ha | Annexe depuis Royale | Ruines du bagne, plage, atmosphère | Non |
| Diable | 1,5 ha | Interdit au public | Observable depuis Royale | Non |
FAQ — Les îles du Salut en Guyane
Depuis Cayenne, rejoignez d’abord Kourou par la RN1 (60 km, environ 45 min en voiture). L’embarcadère du Larivot à Kourou est le point de départ des vedettes vers les îles. La traversée dure environ 45 minutes. Des vedettes partent généralement le matin vers 8h avec retour en fin d’après-midi. Comptez une journée complète pour l’aller-retour depuis Cayenne.
Le billet aller-retour en vedette depuis Kourou coûte entre 30 et 50 € par adulte, enfants à tarif réduit. Ce tarif inclut généralement le droit d’entrée sur les îles et l’accès au musée du bagne. L’hébergement à l’hôtel du Mahury sur l’île Royale se situe entre 80 et 130 € la nuit. La visite à la journée représente donc un budget de 30 à 50 € par personne, hors repas.
Non, l’île du Diable est strictement interdite au public pour des raisons de sécurité : les courants entre les îles sont extrêmement dangereux et les bâtiments sont en mauvais état. Elle est observable depuis les falaises de l’île Royale, à environ 300 mètres. Un belvédère aménagé permet de la photographier et d’apercevoir les antennes du Centre Spatial Guyanais qui y sont installées.
Les îles du Salut ne sont pas une destination de plage au sens classique du terme. Seule l’île Saint-Joseph dispose d’une petite anse de baignade, et les courants peuvent être dangereux. L’intérêt principal est historique et naturel : ruines du bagne, faune sauvage, sentiers forestiers. Pour une journée exclusivement balnéaire, les plages de Martinique ou de Guadeloupe sont nettement supérieures. Les îles du Salut sont une expérience culturelle et historique unique.
Oui, les îles du Salut conviennent bien aux familles avec enfants à partir de 6-7 ans. Les singes écureuils en liberté sur l’île Royale fascinent les plus jeunes. Le sentier côtier est accessible et varié. Le musée du bagne peut être abordé de façon pédagogique avec les enfants plus grands. Prévoyez chapeaux, crème solaire et eau en quantité : l’ensoleillement sur les îles est intense toute la journée.
Dormir sur l’île Royale est fortement recommandé si votre budget le permet (80 à 130 € la nuit). Après le départ des vedettes de jour, l’île retrouve un silence et une atmosphère uniques. La faune (singes, frégates, agoutis) se montre beaucoup plus proche sans la foule des visiteurs. Le lever de soleil sur l’Atlantique depuis les falaises de l’île Royale est l’une des plus belles images que la Guyane puisse offrir. Réservez plusieurs semaines à l’avance.